Le lendemain de sa victoire sur l’étape de Chamonix Mont-Blanc (reportée à Vallnord en Andorre), nous avons eu la chance d’interviewer  Marion Haerty, la rookie de l’incontournable compétition internationale de freeride, le Freeride World Tour. Micro…

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– Félicitations Marion ! C’est une belle revanche sur ta 7ème place de l’étape précédente (Vallnord). Comment expliques-tu cette remontée fantastique ?  Une meilleure prépa mentale ? Une meilleure nuit ? Une meilleure face ? Ou tout simplement un meilleur feeling ? J’imagine que la condition mentale est déterminante dans ce genre de compétition.

J’ai essayé d’aborder cette compétition avec un autre état d’esprit que la précédente. Cette 7ème place m’a mit un gros coup au moral mais je savais que ce n’était pas ma façon de m’exprimer sur un snow ce jour là.

Du coup, j’ai pris un peu de distance sur ma façon d’aborder les choses en me concentrant simplement sur trois phrases avant d’entamer cette manche et bizarrement je n’avais pas autant de stress comme la première. J’ai beaucoup appris sur moi-même ces derniers jours, c’était intéressant et j’ai hâte de voir si je peux appliquer ce même schéma sur chaque compétition maintenant.

– Qu’est-ce qu tu as fais entre les deux étapes de Vallnord ? Ride ? Chill ? Prépa mentale justement ?

Je me suis surtout fait plaisir ! Ces derniers mois je me suis empêchée pas mal de choses pour arriver en forme cet hiver et revenir correctement de mon opération de la cheville. On a fait une énorme fête avec tous les copains du tour, du skate, du sauna, du shopping… et certaines personnes de mon entourage ont su trouver les bons mots pour me redonner le sourire mais surtout confiance en moi.

– Es-tu plutôt du genre à stresser avant les compétitions ou plutôt relax ?

Je suis plutôt relax le jour de la compétition mais la veille c’est la guerre avec moi-même, surtout la nuit, j’ai du mal à contrôler mes pensées qui partent dans tous les sens. Je me retrouve souvent à dormir 2h/3h avant les compétitions, j’ai beau méditer, faire du yoga, lire, boire de tisanes… ces pensées viennent de mes tripes mais c’est aussi ce qui fait ma force pour le lendemain.

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– J’imagine que l’ambiance devait être particulière en arrivant à Vallnord… Estelle Balet est dans les esprits de tous, particulièrement à cette étape, son étape reine. Comment cela s’est passé émotionnellement ? Son accident a-t-il des répercussions sur ta manière d’aborder la montagne et la compétition ?

C’était vraiment difficile de me retrouver sous cette porte sans avoir Estelle à mes côtés et de voir mes amis tristes, j’avais vraiment pas le goût de descendre cette pente sur la première étape et de faire comme si tout allait bien. Son accident nous a profondément marqué à jamais, je ne la connaissais pas depuis longtemps mais elle m’a tellement apporté en si peu de temps que je me dois de continuer pour elle, prolonger ce qu’elle a réussi à créer pour cet amour du snowboard.

Depuis son accident, je ne vais pas vous cacher ma peur de la montagne mais j’essaie de me dire que cette peur est aussi une protection dans mes sorties. Maintenant que je suis à Chamonix, je veux apprendre un maximum de choses pour minimiser les risques et reprendre confiance en dame nature pour me lâcher un peu plus sur ma planche.

– Quelles sont tes ambitions pour cette saison ? Des projets particuliers qui te tiennent à cœur et dont tu voudrais parler ? Et dans 10 ans ? Tu te vois comment ?

On a toute un rêve en commun sur ce tour : celui de le gagner. Pour ma part, la priorité est de reprendre mes marques tout doucement, m’amuser et progresser.

Des projets j’en ai plein en tête et encore plus depuis que je me suis mise au freeride ! Encore faut-il avoir un jour assez de budget pour les réaliser… Mais ce serait principalement mettre en avant ce qui définit la passion du snowboard, montrer ce qu’il se passe en dehors des performances car on a tendance à oublier le côté humain parfois, et aller dans des endroits encore jamais explorés avec un snowboard aux pieds.

J’ai envie de partager ma passion un maximum spécialement avec les filles, encore trop rangées dans des cases dès que l’on parle de sports extrêmes, pour qu’elles puissent elles aussi avoir accès au bonheur que peut procurer une descente dans la neige fraîche !

Dans 10 ans je me vois bien dans mon petit chalet à côté d’une rivière avec un potager, mes planches de surfs, de snows et de skates rangées au garage, en étant fière et heureuse d’avoir réalisé mes plus profonds rêves et secrets en ce qui concerne le snowboard.

Merci Marion ! On croise les doigts pour la suite du tour !

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